La lecture aux « Maternelle » de mon village

 

La lecture aux « Maternelle » consiste dans mon village, à emmener tous les mardis matin, les enfants de cette école, à la bibliothèque où les attendent des personnes bénévoles chargées de leur lire des histoires.

Je n’ai que 11 ans, mais j’ai insisté pour moi aussi, participer à cette lecture, et ce depuis mes 9 ans. Comme je suis « l’instruction en famille », je peux venir en semaine à la bibliothèque et mon ancienne maitresse, actuellement maitresse des « Maternelle » est d’accord.

     Jamais je n’oublierai ce premier jour, où je suis allée à la bibliothèque pour eux. Les enfants montaient l’escalier à la queue leu-leu, en tenant fermement les barreaux de la rampe. Les enfants de la petite section sont appelés les « poussins », ceux de la moyenne « les dauphins » et ceux de la grande « les poulains ». Arrivés en haut, les enfants se sont dispersés dans la bibliothèque pour aller chercher un livre.

     C’était ma première fois et les enfants me regardaient d’un drôle d’air… Puis, une petite fille est venue vers moi et m’a tendue un livre en disant « tu peux me le lire ? ». C’est comme ça que cela a commencé. Au départ, c’était moi qui avait le plus de concurrence, évidemment, ces enfants se disaient sûrement : « tiens, un autre enfant ! Elle est plus grande que moi, elle n’est pas dans ma classe… Mais elle est plus jeune que les autres lectrices, elle ne peut pas lire ! Ah mais si… elle nous fait la lecture, ben tins, c’et rigolo ! je vais essayer aussi ! ».

    Maintenant, j’ai l’habitude. Mais malgré tout, c’est une expérience formidable que je vous recommande ! Evidemment, il y a des enfants plus sages que d’autres, d’autres plus bruyants ou qui ont plus la bougeotte… Mais c’est tout de même touchant de voir un enfant s’approcher de vous et vous tendre un livre, pour que vous le lui lisiez. Or, si cet enfant vous demande à vous, c’est qu’il a une bonne raison ! Un enfant n’irait pas voir quelqu’un qu’il n’aime pas, pour lui lire un livre !

Moi, quand je lis une histoire, j’essaye de faire rentrer l’enfant dans le livre. Je mets des intonations partout et quand, par exemple, l’un des héros tombe dans un trou, je me penche avec l’enfant (qui est souvent sur mes genoux), vers le sol, pour lui donner une impression de vide. Et puis je bouge les genoux, pour qu’il se sente sur un cheval comme un chevalier ou bien je lui donne un petit coup sur la tête qu’il croie que la marraine-fée l’a transformé en princesse… Il faut tenter de le faire rentrer dans le conte ! S’il contemple les illustrations sans sourire, en patientant pour qu’on tourne la page, c’est qu’il n’est pas tout à fait rentré dedans. Mais si il alterne de votre regard aux illustrations, ou même mieux, qu’il vous touche ; ou fait semblant de tomber dans le vide avec vous, ou de vous prendre les cheveux pour en faire des rennes, ou de vous saluer pour vous remercier de l’avoir transformé en petit lutin… alors cela veut dire que ça y est, il est devenu un Elfe ou Célestine la souris, et qu’il a apprécié l’histoire qu’on lui a contée.

Surtout quand un enfant vient vous voir, il faut lui sourire, s’il vous prend la main, le laisser faire. Alors, il aura confiance en vous et vous demandera de lui lire le livre qu’il comptait vous demander de lire. Oui, quand les enfants ne savent pas à qui demander, ils testent. Ils se disent : « non, celui-là trop coincé, celui-ci, trop méchant ! Celui-là, beuh ! Trop louche ! Et celui-ci… il me va ! ».

Parfois, ces petits bambins se lisent les livres eux-mêmes, d’après les illustrations, ils s’inventent des histoires passionnantes. Ce qui arrive aussi, mais c’est plus rare, c’est quand les enfants viennent vers vous sans vous demander de lire un livre. Pourtant ils en ouvrent un devant vous et entreprennent de vous le lire, souvent en mimant. Alors, écoutez. C’est cela qui les rend heureux.

Petite recommandation : prévoir une tasse de tisane avec du miel pour APRES la lecture.

Line 11 ans.

Photo illustration article Line Van Enis